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Ahmed NAJI

 Insipide rentrée politique
Le droit de se faire entendre, le devoir d’œuvrer pour le meilleur
 
Après une saison estivale socialement « chaude », place à une rentrée politique d’une remarquable tiédeur. Les critiques acerbes adressées par SM le Roi aux responsables politiques et administratifs, dans son discours à l’occasion de la Fête du Trône, devraient pourtant inciter ces derniers à se montrer plus réactifs aux attentes des citoyens et plus productifs en termes de réalisations.
Les manifestations à caractère social des habitants d’Al Hoceïma ont mis à nu l’incapacité du gouvernement à prendre à bras-le-corps les problèmes du pays et y apporter des solutions acceptables. Moins médiatisées mais non moins bruyantes, les manifestations des habitants de Benslimane, Khénifra, Sefrou, Taza, Taounate, Ouazzane et Chefchaouen, motivées par la pénurie d’eau qu’ils ont subi cet été, mettent en avant l’absence d’une vision d’ensemble et à long terme des plus graves défis qui se posent au Maroc. Et à chaque fois, l’on entend les populations en appeler à SM le Roi, révélant leur profonde défiance envers un gouvernement qui brille par son effacement.
Après la gaffe monumentale du communiqué des partis de la majorité gouvernementale accusant les manifestants du Rif de sécessionnisme, suivie d’une non moins grotesque rétractation, on en est presque à souhaiter qu’ils se contentent de garder le silence, en s’abstenant d’aggraver la situation par des sorties irréfléchies. Sauf qu’il n’est absolument pas normal que, dans une monarchie constitutionnelle, les citoyens n’aient d’autres recours que le Souverain pour espérer voir leurs revendications prises en considération.
Quid de la mise en œuvre des dispositions de la Constitution, que les Marocains ont adoptée avec ferveur et plein d’espoirs, il y a déjà 6 ans ? La démocratie représentative ne saurait être opérationnelle sans un parlement qui accomplit les tâches qui lui sont dévolues par la loi fondamentale de la nation. Et la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes ne saurait être réduite à un simple exercice de communication.
Après une primature Benkirane frappée du sceau de la politique-spectacle, les Marocains sont gavés des arguments ésotériques destinés à justifier l’inavouable échec et veulent du concret. Une école publique fonctionnelle qui inculque réellement une bonne éducation aux citoyens en herbe. Un système de santé apte à procurer les soins dont ont besoin les malades. Des emplois pour les diplômés chômeurs, pour lesquels parents et société ont consacré d’importants investissements qu’ils sont en droit de chercher à rentabiliser. Encore plus basique comme droit, l’accès à l’eau potable.
Partant uniquement de cette problématique de l’eau, bien plus complexe qu’il n’y paraît et à laquelle le journal « L’Opinion » consacre de nombreux articles, c’est toute une politique multidimensionnelle que le Maroc se doit, d’urgence, adopter et mettre en œuvre. « Nous avons fait de l’eau toute chose vivante », est-il écrit dans le Coran (Sourate de la Génisse, verset 30). Le manque d’eau fait que le Maroc est très dépendant des importations de céréales et peine à assurer sa sécurité alimentaire. Le plan « Maroc Vert » ne peut réellement verdir que s’il est correctement arrosé.
Avec les tout aussi nécessaires importations d’hydrocarbures, le pays se doit d’exporter suffisamment de biens et services pour équilibrer sa balance commerciale, ce qui est actuellement loin d’être le cas. D’où la question de l’industrialisation et du plan sectoriel qui lui est consacré, qui enchaîne sur celles de l’attractivité des capitaux et savoir-faire étrangers, ainsi que des facteurs de compétitivité, dont les compétences d’une main-d’œuvre qualifiée. Mais également celle de la convertibilité du Dirham, annoncée comme très prochaine. Qu’en sera-t-il de l’inflation, et donc du pouvoir d’achat des citoyens, quand l’appétit insatiable du Maroc envers les produits importés va tirer le cours de la monnaie nationale vers le bas ?
Enhardis par les revendications sociales insatisfaites des citoyens, les syndicats se retroussent déjà les manches pour une rentrée sociale des plus musclées. Mais à qui la faute si les syndicats sont autant exaspérés, si ce n’est à un gouvernement pour qui le dialogue social semble une corvée qu’il fait tout pour éviter ? N’est-ce pas une suffisance coupable que de s’imaginer pouvoir faire la sourde oreille aux légitimes revendications des classes moyennes et défavorisées, légalement portées par les formations syndicales, au seul motif de la légitimité des urnes ?
La politique est, il est vrai, l’art du possible, mais les dirigeants politiques ne sauraient gouverner en étant autistes. Si les citoyens manifestent leur colère dans la rue, c’est bien faute de pouvoir faire entendre leurs voix autrement.
Le Maroc a besoin d’accélérer la mise en œuvre des réformes engagées alors que le gouvernement semble se complaire dans la léthargie, sans pouvoir se cacher derrière ses querelles intestines, qui sont en soi un aveu d’échec à mener un travail d’équipe avec le minimum de cohésion exigée. Pendant ce temps, ça bouillonne sous le couvercle de la marmite populaire. Canaliser ce flux d’énergie sociale plasmatique vers l’action politique constructive, en vue de la réalisation de lendemains meilleurs, c’est ce qui est, le plus ordinairement, attendu d’un bon gouvernement.

Ahmed NAJI
12/9/2017
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