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Ahmed NAJI

 
La grosse bêtise de Trump qui va sonner le glas de l’influence américaine au Moyen Orient
 
On savait le président Trump, nouveau venu et mal aimé dans les cercles politiques de Washington, doté d’une personnalité originale, avec ses déclarations à l’emporte pièce et ses tweets incendiaires. On le sait maintenant, avec la décision de reconnaître Al Qods comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade des Etats-Unis, dénudé de vision prospective, incapable de mesurer les conséquences de ces décisions. Il vient de donner, par ladite décision, un coup fatal à ce qui restait aux Etats-Unis comme crédibilité dans le monde arabe et musulman.
La position des Etats-Unis au Moyen Orient est déjà fortement fragilisée par leurs échecs successifs dans cette région. Les Américains ont chassé Saddam Hussein du pouvoir en Irak, ce dont les Iraniens ont profité pour étendre leur influence sur ce pays. Ils ont soutenu le changement de régime en Syrie, ce pays presque totalement ravagé par la guerre et des centaines de milliers de morts et de réfugiés après, le seul résultat en a été le renforcement d’un croissant de lune chiite allant de Téhéran à la banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, en passant par Bagdad et Damas.
Les séparatistes kurdes d’Irak, qui ont tout misé sur les Etats-Unis, ont cru que ces derniers allaient appuyer leur mouvement indépendantiste, pour se retrouver esseulés, après le référendum qu’ils ont organisé au Nord du pays, face à une coalition de fait de l’Irak, l’Iran et la Turquie, qui a étouffé dans l’œuf la tentative sécessionniste.

Chimérique Moyen Orient
post-Sykes-Picot
Dans leur tentative de façonner un nouveau Moyen Orient post-configuration de Sykes-Picot, les Etats-Unis ont produit beaucoup de dégâts mais n’ont réussi dans aucune de leurs démarches. Ce qui, ajouté à l’échec de leur tentative d’embourber la Russie en Ukraine et leur incapacité à contraindre la Corée du Nord d’abandonner ses programmes militaires balistique et nucléaire et le président Maduros le pouvoir au Venezuela, met à nu la perte du statut d’hyper-puissance unique dont ont pu jouir les Etats-Unis après l’implosion de l’URSS. Une analyse même très sommaire des récurrents ratés américains laisse aisément paraître un persistant handicap dans la perception que se font les dirigeants politiques étasuniens de la réalité et une foi quasi-messianique en leur capacité, et même leur « devoir », à transformer le monde entier selon leurs vœux.
Il est possible de dater, symboliquement, l’« officialisation » de l’influence américaine au Moyen Orient au 14 février 1945, quand le pacte du Quincy fut signé entre le président Franklin Roosevelt et le Roi Ibn Saoud. Il est fort probable que ce 6 décembre 2017 sera également porté sur les annales de l’Histoire comme le jour où les Etats-Unis ont définitivement scellé la fin de leur hégémonie sur cette partie du monde. L’image des drapeaux israélien et américain, accrochés côte à côte dans la ville sainte d’Al Qods, diffusée par plusieurs chaînes de télévision, dans une ambiance survoltée, festive chez les sionistes et de colère des Palestiniens, avait pourtant quelque chose de pathétique. Le perdant de la guerre de 2006 contre les milices du Hezbollah au Liban se félicitant du soutien de son puissant allié, qui a pourtant quitté l’Irak sur la pointe des pieds et ne va pas tarder à en faire de même en Afghanistan, à chaque fois lui également sous la pression d’insurgés maigrement armés.

Vas-y ! … Pourquoi pas toi ?
Il est maintenant de notoriété publique qu’Israël est prêt à sacrifier jusqu’au dernier soldat américain et/ou arabe pour briser le Hezbollah au Liban et le régime des Mollahs en Iran, parce qu’ils n’ont pas du tout envie de payer le prix de telles aventures militaires. Sauf que les généraux du Pentagone, eux aussi avides de bottes suppléantes sur les champs de bataille, ne l’entendent pas du tout de cette oreille. Quant au projet d’une guerre sectaire entre Sunnites et Chiites dans cette région, il vient tout simplement de tomber à l’eau, avec l’alliance qui se dessine entre la Turquie et le Qatar, tous deux sunnites, et l’Iran chiite. Ces trois pays viennent de signer tout récemment un peu spectaculaire accord commercial, qui est toutefois d’une importance primordiale, vu qu’il désenclave le Qatar sous embargo et lui permet de larguer les amarres avec le Conseil de Coopération du Golfe. Les Américains ont, à terme, du souci à se faire sur la pérennité du siège du Centcom au Qatar, outre leur plus gros dépôt d’armes dans le monde, hors des Etats-Unis, et la base aérienne d’Al Obeid.
Aucun des prédécesseurs de Trump à la Maison Blanche n’a manqué d’apporter aide économique, militaire et politique à Israël, mais aucun n’a commis la bêtise de franchir le rubicon en reconnaissant Al Qods comme capitale d’Israël. Tous misaient plutôt sur la banalisation de l’occupation sioniste des territoires palestiniens avec le temps et la colonisation, ainsi que sur la normalisation des relations entre Israël et certains Etats arabes. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, Trump vient de réduire cette stratégie en miettes. Aucun dirigeant arabe, quelle que soit son inclinaison à traiter en coulisses avec les Israéliens, n’est prêt à se mettre à dos l’opinion publique de son pays en se montrant favorable à cette décision américaine. Mieux encore, les mouvements associatifs arabes qui luttent contre la normalisation des relations avec Israël vont se sentir maintenant pousser des ailes, Trump s’étant chargé de mobiliser pour eux une rue arabe dont le soutien incontestable à la cause palestinienne semblait tiédir sous l’effet de l’érosion du temps.

Au bal des récupérateurs sans fatigue
A Téhéran, à Damas et dans la banlieue Sud de Beyrouth, les promoteurs de « l’axe de la résistance », comme ils se sont eux même baptisés, doivent s’esclaffer dans leurs barbes, les Américains s’évertuant depuis quelques années à leur mâcher le travail. Ils savent pertinemment que mis à part son aspect symbolique, la reconnaissance par les Etats-Unis d’Al Qods comme capitale d’Israël ne constitue pas un bouleversement géopolitique majeur dans cette région, la réalité sur le terrain étant l’incapacité avérée des Américains et des Israéliens à modifier une situation militaire et politique au Moyen Orient qui est de moins en moins en leur faveur. De nouvelles alliances se sont nouées dans cette partie du monde, avec la Russie comme nouvel acteur majeur, mais toujours avec des soubassements géopolitiques liés aux ressources et infrastructures énergétiques.
Aux dernières nouvelles en provenance d’Ankara, l’idée de quitter l’OTAN, qui germe dans certains esprits turcs depuis pas mal de temps, semble faire des émules dans la classe dirigeante et au parlement. L’étendue de l’influence des Américains au Moyen Orient va physiquement rétrécir s’ils viennent à être privés de l’usage de la base aérienne turque d’Incirlik. La Turquie ne risque pas, pour sa part, de rester esseulée dans son coin, Russes et Chinois se feront un plaisir de lui tendre largement les bras pour l’accueillir dans l’Organisation de Coopération de Shangai, ce qui va lui permettre, en outre, de se mouvoir dans son environnement naturel eurasiatique. En prime, il y a le gazoduc Turkstream devant transporter du gaz russe en Turquie, et par la suite en Europe, contournant une Ukraine hostile aux Russes. Comme quoi, nombreux sont les acteurs régionaux d’importance qui trouvent parfaitement leur compte dans la redistribution des cartes au Moyen Orient.

Fausses illusions sionistes
C’est dans ce contexte brièvement brossé de la situation géopolitique actuelle au Moyen Orient qu’il s’agit de placer la récente décision du président Trump de délocaliser l’ambassade de son pays à Al Qods, reconnue comme capitale de l’entité sioniste, comme pour y noyer corps et âme la présence américaine dans cette région. Mesquins et se fourvoyant dans de fausses illusions, les Israéliens crient à qui veut les entendre que, contrairement à leur récente déculottée face aux manifestants palestiniens dans l’affaire des portails métalliques installés, puis désinstallés dans l’humiliation, à l’entrée de l’Esplanade des Mosquées, à Al Qods, cette fois-ci, personne ne pourra reprocher aux Israéliens quoi que ce soit, puisqu’il s’agit là d’une décision des Etats-Unis. Piètre consolation pour les sionistes, car ce qui peut leur sembler aujourd’hui comme un pas en avant dans la judaïsation de la ville sainte d’Al Qods, peut très bien se révéler demain comme un saut dans le vide pour Israël.
Les rumeurs qui circulent à Washington font état d’un prochain départ de Rex Tillerson, le très pragmatique Secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères, qui ne serait plus en odeur de sainteté à la Maison Blanche, son probable remplaçant étant Mike Pampeo, l’actuel patron de la CIA qui s’était fait une réputation d’ardent défenseur des prisons secrètes de la CIA démantelées par Obama. L’actuelle Administration américaine semble ainsi déterminée à accélérer la chute d’un empire américain qui a, heureusement, de moins en moins les moyens de ses ambitions.

Ahmed NAJI
8/12/2017
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