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Entretien réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI 

 Entretien avec Dr Bounhir Boumehdi, médecin radiologue 
Les logiciels informatiques intelligents bouleverseront-ils la pratique de l’imagerie médicale de demain
 
Les grandes firmes internationales de l'informatique et des nouvelles technologies s’intéressent à la recherche biomédicale et investissent dans le domaine de l'imagerie médicale. Les géants des équipements biomédicaux sourcillent. Les médecins radiologues commencent à s’inquiéter devant l'intrusion de plus en plus pressante des logiciels informatiques intelligents dans leur pratique quotidienne.
Pour en savoir un peu plus, « L’Opinion »  vous propose cet entretien avec un spécialiste marocain en imagerie médicale, un médecin radiologue, Dr Bounhir Boumehdi. 

L’Opinion : Quel est l’impact  du développement des logiciels informatiques intelligents sur la pratique de la radiologie?
Dr Bounhir Boumehdi : Il est certain que la radiologie sera un des premiers secteurs de la médecine touché par l'intelligence artificielle (IA), du fait du développement de logiciels informatiques très intelligents. C’est d’ailleurs une des thématiques qui a été développée lors du congrès mondial de radiologie, qui s’est tenu dernièrement à San José en Californie aux USA. Tous les intervenants ont prédis que le secteur de la radiologie va être confronté à  un bouleversement colossal.  

L’Opinion : Est-ce qu’aujourd’hui, les médecins radiologues à travers le monde et notamment au Maroc, sont conscients de l’éminence de ce bouleversement ?  
Dr Bounhir Boumehdi : Selon une étude française récente, les praticiens de la radiologie sont loin d'une prise de conscience générale. On estime que 10 à 15 % des praticiens ont compris ce qui les attendait, 25 % sont réfractaires ou se disent « j'ai plus de 60 ans, cela ne me concernera pas ». Enfin, 60 % ne savent pas très bien que penser. A l’heure d’aujourd’hui, il semblerait que personne ne mesure précisément l'ampleur de cette révolution. 

L’Opinion : Est-ce qu’il y a des signes précurseurs qui annoncent ce bouleversement ?
Dr Bounhir Boumehdi : Il y a un signe qui ne trompe pas. Les grands constructeurs (Philips, GE, Toshiba, Siemens, etc.) mais aussi des géants des technologies comme IBM, Microsoft ou Google s’intéressent de très près au domaine de l'imagerie médicale. Des start-up naissent et investissent dans ce segment économique. Et surtout, cette intrusion des logiciels informatiques intelligents donne des migraines aux fabricants des équipements biomédicaux.

L’Opinion : Comment se prépare la communauté médicale des radiologues à cette révolution technologique ?
Dr Bounhir Boumehdi : En France, pour préparer le terrain, la Société Française de Radiologie (SFR) a lancé en octobre 2017  un groupe de travail chargé de réfléchir sur cette thématique, emboîtant le pas à l'American College of Technology, devenu depuis American Business & Technology University aux Etats-Unis. Il est temps au Maroc que les radiologues, au sein des CHU, des Facultés de médecine et dans les sociétés savantes ainsi que dans les syndicats de la profession, lancent une réflexion sur cette problématique.
Cependant, l'arrivée de l'intelligence artificielle dans le paysage de l’imagerie radiologique annonce toutefois une rupture technologique majeure. Car, grâce au « machine learning assisté », l'une des principales facettes de l'IA, l'algorithme sera capable de reconnaître et d'interpréter des clichés mais aussi d'apprendre tout seul des « cas » en comparant une image aux milliers - voire aux millions - d'autres entrées dans sa base, et proposer un pré-diagnostic.
Il est évident que tout le monde est à peu près d'accord sur le fait que l'IA sera un outil d'aide à la décision qui améliorera la prise en charge des patients. Entre le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques, le nombre d'actes d'imagerie médicale (60 millions  en France par an), augmente chaque année d'environ 4 %. Les algorithmes doivent aider les praticiens à gérer cette inflation d'examens. Il n’y a hélas pas de statistiques marocaines sur le nombre annuel d’examens radiologiques faits au Maroc, tous secteurs confondus (universitaire, public, privé et militaire).  
Pour des tâches répétitives, le logiciel va augmenter la précision du diagnostic. Il sera capable de trier rapidement les images qui ne présentent aucune zone à problème, laissant plus de temps au radiologue pour se concentrer sur les cas complexes. 

L’Opinion : Est-il indispensable d'avoir  des préalables à ce changement ?
Dr Bounhir Boumehdi : Il faut insister sur le fait qu’aujourd’hui l'IA en médecine relève encore de la recherche. Pour se déployer, elle doit maintenant, comme d'autres innovations dans la santé, obtenir une validation clinique. Car, estiment plusieurs spécialistes, aujourd'hui, on en est dans une phase d'intelligence adaptative. Une forme de « machine learning primaire » grâce auquel Philips a mis au point un logiciel capable de proposer des actions et des pistes de diagnostic en s'appuyant sur les ordres passés précédemment par le praticien.
Pour le système d'intelligence artificielle d'IBM qui établit ses diagnostics en croisant la littérature scientifique, les protocoles de soins avec les données des patients, il rencontre lui aussi des difficultés, notamment des problèmes de compréhension des dossiers médicaux.
Par ailleurs, le retard pris dans la numérisation des données médicales, le problème d'étiquetage de ces données (qui associe l'image au compte-rendu) et le faible partage entre établissements de santé, publics et privés, constituent de gros handicaps pour le développement de l’intelligence artificielle dans le secteur de la  radiologie.
S'ajoutent les contraintes légales. Outre les multiples autorisations nécessaires, il y a la loi Informatique et Libertés.  Le patient doit notamment donner son consentement express, libre et informé, à l'utilisation de ses données de santé. Si ce n'est pas le cas, pour être exploitées, celles-ci doivent être anonymisées, de façon à ce qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à la personne. Sur ce volet, il y a beaucoup de travail à faire au Maroc.  
Un exemple criard sur cet aspect légal. Pour IBM, Microsoft et Google, très puissants sur le plan des finances, l'accès aux données médicales n'est pas simple. Ainsi, DeepMind, filiale d’IA de Google, qui avait conclu un accord avec des hôpitaux en Grande Bretagne, pour récupérer les données médicales de 1,6 million de patients, a été bloquée, du fait que les patients n'avaient pas bénéficié d'une information transparente concernant l'usage de leurs données.
De plus, l'existence même de l'IA en radiologie pose encore bien d'autres questions : celles du stockage, du transfert et de la sécurité des données. Ou encore celle tout aussi fondamentale de la responsabilité du diagnostic médical.

L’Opinion : A quel horizon l'intelligence artificielle (lA) deviendra-t-elle une réalité pour le monde de la radiologie ? 
Dr Bounhir Boumehdi : La réponse à votre question est entre les mains des industriels des logiciels informatiques intelligents. Je vous cite Olivier Clatz, cofondateur de Therapixel, l'éditeur français de logiciels qui a remporté le Digital Mammography Challenge, organisé par une douzaine d'institutions dont IBM, Amazon, Sage Bionetworks, qui dit : « Nous espérons décrocher notre validation clinique en 2019 et commercialiser notre technologie vers 2022 ». 

L’Opinion : En conclusion ?
Dr Bounhir Boumehdi : Je ne peux qu’adopter la position de plusieurs instances internationales de radiologie qui appellent à la prudence. Le déploiement de l'IA sera plus ou moins rapide, selon les pays. S’il y a une chose sûre, c’est que le métier de radiologue va changer. Le médecin radiologue va devenir une sorte de gestionnaire des données. D’autant plus que cela va lui permettre de  se recentrer sur sa relation avec le patient et de lui offrir une médecine plus personnalisée. Et rien ne remplacera l’homme, car, aujourd'hui, personne n'imagine une machine annoncer à une femme qu'elle a un cancer du sein...et qu’elle en sera guérie, pour la simple raison qu’elle a consulté tôt et qu’on a pu diagnostiquer son cancer du sein à un stade guérissable.
12/2/2018
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