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Amine DERKAOUI

 Bilan de mi-mandat, les non-dits d'El Othmani
Acte III, le chômage
 
Parmi les quatres thématiques, soigneusement sélectionnées par la rédaction de L'Opinion mais brillamment occultées par El Othmani derrière des réalisations "de façade", le chômage et le marché de l’emploi sont un souci quotidien pour de larges franges de Marocains. Ils constituent le troisième volet de notre analyse.
Au rythme actuel, le taux de chômage ne sera pas ramené à 8,5% d'ici la fin du mandat comme l'a promis Saâdeddine El Othmani. Curieusement, ce thème est absent du texte de 358 pages présenté comme un bilan “exhaustif” de mi-mandat par le gouvernement. N'intéresse-t-il personne parmi les El Othmani & Co. ?
La leçon à tirer du bilan de l'évolution de l'emploi en 2019 est d'une simplicité limpide: sans une accélération spectaculaire de la baisse du nombre de chômeurs, les objectifs seront totalement hors d'atteinte. Un chiffre vaut parfois mieux qu'un long discours. Pour que le taux de chômage passe d'autour de 10% aujourd'hui à 8,5% en 2021, le nombre de demandeurs d'emploi doit diminuer d'environ 600.000. Le HCP, de son côté, annonce un taux prévisionnel de 10,1% en 2019.


Sauf que le repli du taux de chômage entre 2017 et 2018 tient plus à la mécanique liée au recul du taux d’activité et du taux d’emploi qu’à la dynamique de l’activité économique. Le taux d’activité étant passé, entre 2017 et 2018, de 47,5% à 47,1%, enregistrant une diminution de 0,4 point. Pire, il est seulement de 42,4% en milieu urbain.

La lecture de ces statistiques renvoient à un phénomène encore plus inquiétant: moins de la moitié de la population en âge de travailler contribue actuellement à la création de richesses et l’économie se caractérise par une faible capacité à insérer les jeunes. Or, dans les pays en voie de développement, le taux d'emploi flirte avec les 55%. Pas de quoi se réjouir donc surtout avec une croissance économique peu reluisante de 2,9% selon les prévisions du HCP.

Chômeurs de luxe
Si le taux de chômage enregistre 4% parmi les personnes n’ayant aucun diplôme, il passe à 14,5% parmi ceux ayant un diplôme de niveau moyen, et grimpe jusqu’à 22,7% parmi les actifs ayant un certificat de spécialisation professionnelle. Pour ce qui est des détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur, ce taux atteint 27,8%. Autrement dit, un jeune diplômé a moins de chances de trouver un travail qu'un non diplômé. C’est ainsi que ce fléau social affecte 25,7% des jeunes âgés de 15 à 24 ans et en milieu urbain, il caracole à 43,5% parmi cette même tranche d’âge.

Le coup d'épée dans l'eau
du gouvernement
Si le Chef du gouvernement s’est réjouit de la timide baisse récente du taux de chômage qui est passé de 10,5% en 2018 à 10% en 2019 pour la même période de l'année (1er trimestre), il a soigneusement occulté la sombre réalité du chômage dans les villes, parmi les jeunes et les plus qualifiés. Ces résultats restent en définitive très insuffisants pour considérer que la situation de l’emploi est meilleure qu’en 2016 comme l’a déclaré El Othmani.

Car malgré cette baisse récente, le chômage reste massif, avec 1.200.000 chômeurs au premier trimestre de 2019, alors qu'ils étaient 1.023.000 au deuxième trimestre de 2016, d'après les données du HCP. Soit 177.000 chômeurs de plus qu'au début du mandat de l'actuel gouvernement.
Le patron du PJD, qui vantait en 2016 sa "boîte à outils" anti-chômage, a pourtant fait feu de tout bois: le programme "Idmaj" (inclusion), programme "Tahfiz" (motivation), formation des chômeurs. Toutes les autres mesures prises, comme l’exonération des emplois créés par les nouvelles entreprises, n’ont rien changé. Aucune de ces mesures n'a eu d'effet sur les jeunes qualifiés, catégorie la plus vulnérable du marché de l'emploi. Et surtout, la promesse de créer 1.200.000 emplois claironnée tambours battant en début de mandat de l’actuel exécutif semble non seulement ridicule car inatteignable, mais complètement fantaisiste puisque cela équivaudrait à un taux de chômage de 0%.

Tout reste à faire
Peut-on espérer le changement de rythme que tout le monde souhaite? Ce n'est pas impossible, ce qui est une bonne nouvelle, mais cela supposerait que le verre soit plus à moitié plein qu'à moitié vide. Le ralentissement de la croissance économique est évidemment un facteur plus déprimant. La perte de confiance dans le gouvernement et les institutions intermédiaires, prive le Maroc d'opportunités d'emploi et le faible taux d'activité de la population reste la meilleure preuve de ce découragement.
Le chômage des jeunes pouvait être encore plus alarmant si le taux d’activité de la population en âge de travailler n’était pas aussi bas notamment en raison de la baisse du nombre de demandeurs. Comme l'avait souligné Ahmed Lahlimi dans une déclaration à l'AFP, le non-emploi des jeunes a "tendance à devenir structurel avec la déperdition scolaire et la faible diversification du tissu productif national (...) la précarité de l'offre d'emploi n'encourage pas l'investissement des ménages dans l'enseignement de leurs enfants, ce qui conduit à la déperdition scolaire".

Au final, avec un taux catastrophique de chômage de 50% parmi les jeunes dans le milieu urbain, le risque de fractures sociales aux retombées nécessairement dangereuses n’est pas loin. Gardons-le en vue, le chômage n'est pas qu’histoire de chiffres, ce sont surtout des vies, des hommes, des femmes et des jeunes qui perdent leur travail et/ou en cherchent et qu’il faudra rassurer sur leur avenir.
Amine DERKAOUI
22/5/2019
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