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Majd El Atouabi

 
Eléphants roses
 
Amies lectrices, amis lecteurs, on l’a échappé belle. Les fameux bus roses auxquels nous avons failli avoir droit, ne seront pas mis en circulation comme annoncé par la presse en cours de semaine. Lahcen Elomrani, l’adjoint au maire PJDiste de la capitale et néanmoins ancien cador du «très barbu» Mouvement Unicité et Réforme (MUR), Mohamed Sadiki, vient de démentir la mauvaise nouvelle. Rétropédalage ou simple démenti d’une fausse information ? On n’en saura sans doute rien, mais grand ouf de soulagement quand même.
Le Maroc a frôlé la risée internationale. Est-on pour autant sortis de l’auberge ? Rien n’est moins sûr. Aussi ridicule et saugrenue qu’elle puisse paraître, l’idée de bus roses dédiés à la seule gent féminine est bel et bien véridique. Elle a germé depuis plusieurs années dans l’esprit résolument créatif de M. Sadiki qui en avait même fait un argument de campagne. Donc, Monsieur Sadiki a bien songé un jour à mettre en circulation parmi les murailles de la capitale ces «bus de la honte». Oui, je dis bien de la honte et le mot est bien pesé, bien choisi.
Est-ce avec ce genre de mesures que nous allons vaincre ce terrible phénomène du harcèlement dans nos rues ? Est-ce en parquant les femmes dans des bus grillagés, comme dans un safari, que nous les mettrons à l’abri des fauves et des prédateurs qui sévissent dans nos rues, nos administrations et nos entreprises ? La réponse est évidemment non. Mais comme souvent chez nous, on s’attaque aux syndromes et on laisse à plus tard ou à jamais les causes.
Avec ce genre de décisions et d’actions qui visent à scinder la société en deux, le Maroc aurait dépassé les frontières de la discrimination positive pour basculer dans la pure et simple ségrégation de genre. Faut-il s’étonner que certains parmi nos décideurs y réfléchissent et en parlent? Là aussi, la réponse est non. Car ce genre de sorties hasardeuses s’inscrivent dans une certaine logique de continuité. Celle de l’entourloupe pré-électoraliste et du discours populiste adressé au cerveau reptilien des masses, auxquels nos actuels dirigeants nous ont habitués durant les 8 dernières années.
Des bus roses, franchement ! Tant qu’à faire, équipez-les de têtes de licornes vos bus, Monsieur Sadiki, et dans votre élan créatif, lâchez des éléphants roses de préférence volants dans les rues de Rabat, mais ne réfrénez surtout pas votre délire psychédélique. A quand, donc, les hopitaux roses, les souks roses, les hôtels roses, les avions roses, les plages roses, les supermarchés roses, les restaurants roses, les usines roses... ?
Majd El Atouabi
23/5/2019
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