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Lionel ATOKRé

 Guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis
L’Afrique et le Maroc doivent-ils craindre le pire 
 
Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine sont depuis quelques semaines au cœur de tous les débats. Selon certains spécialistes, cette guerre commerciale que se livrent les deux géants, pourrait avoir des conséquences économiques graves sur les pays africains, donc le Maroc. Une situation qui peut ralentir (ou pas) le Royaume dans son projet de devenir le nouveau carrefour africain des Nouvelles Routes de Soie Chinoises.
« Quand deux éléphants se battent, l’herbe en souffre ». Cet adage africain colle si bien à la situation de l’Afrique, concernant la guerre commerciale qui oppose la Chine aux Etats-Unis. La rivalité économique croissante entre les Etats-Unis et la Chine est arrivée à un point culminant. Les représailles entre l’administration Trump et les dirigeants Chinois auront des répercussions économiques mineures pour la Chine et les Etats-Unis. Pour les pays africains, c’est une tout autre histoire. Les conséquences peuvent êtres graves pour les économies des pays africains, au regard des relations diplomatiques et commerciales qui lient l’Afrique à la Chine et aux États-Unis. Dans un rapport, Uri Dadush, chercheur senior à OCP Policy Center de Rabat, expose son point de vue et explique comment les piques que se lancent Américains et Chinois, sont un mal, non seulement sur le plan des échanges extérieurs de l’Afrique avec ses partenaires commerciaux, mais aussi sur les relations diplomatiques avec ces derniers.

Impact sur les échanges commerciaux de l’Afrique vers ses partenaires
Dans un monde ou les économies sont imbriquées, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, va créer un effet domino et ainsi impacter les économies de nombreux pays dans le monde, et en particulier les pays africains. Sur le plan du commerce, les effets vont se faire ressentir surtout sur les échanges extérieurs de l’Afrique. Selon Uri Dadush, le commerce extérieur (exportations plus importations de biens et services en provenance et à destination du reste du monde) est important pour l’Afrique en général et l’Afrique subsaharienne en particulier, représentant plus de 50% du PIB de la région. Le commerce intérieur est moins important. En 2017, seuls 22% des exportations totales des pays d’Afrique subsaharienne étaient destinées à d’autres pays d’Afrique subsaharienne et 16% seulement des importations de ces pays provenaient d’Afrique subsaharienne. Les barrières tarifaires et non tarifaires en Afrique restent élevées. Un problème que les négociations de l'accord de libre-échange continental en Afrique (ACFTA) - que le Maroc a signé mais pas encore ratifié - visent à résoudre. Mais l'Afrique bénéficie d'un accès presque complet en franchise de droits chez ses principaux partenaires commerciaux en dehors de la région, y compris l'Europe et la Chine et les États-Unis, mais pas en Inde. Les liaisons de transport vers l’extérieur de la région par voie maritime et aérienne sont également souvent meilleures que les liaisons de transport dans la région.
Le commerce de l’Afrique avec l’Europe est régi par divers accords commerciaux bilatéraux, ce qui permet de s’assurer que le commerce restera ouvert et prévisible, alors qu’en Chine et aux États-Unis, l’accès des exportations de l’Afrique à des préférences unilatérales. Ceux-ci sont peu susceptibles d'être retirés, mais fournissent aux donateurs un levier qui peut être utilisé si, comme prévu, la concurrence géopolitique entre la Chine et les États-Unis s'intensifiait. Le principal partenaire commercial de l’Afrique est de loin l’Europe. Ainsi, l’Europe et l’Asie centrale représentent plus de 30% des exportations et des importations de l’Afrique. Les relations commerciales suivantes sont celles avec l’Inde et la Chine, qui représentent chacune environ 9% des exportations de l’Afrique subsaharienne. Cependant, l’Afrique dépend beaucoup plus des importations en provenance de Chine, qui représentent plus de 16% des importations totales de l’Afrique. Les États-Unis sont un important partenaire commercial de l'Afrique, bien qu'ils soient à la traîne des autres pays, représentant environ 6% de ses échanges commerciaux. L’effet des différends commerciaux entre les grandes puissances sur l’Afrique tient donc non seulement à leur effet direct sur les parties au différend, mais également à l’effet indirect sur le reste du monde et plus particulièrement sur l’Europe, principal partenaire commercial de l’Afrique. L’Europe et les États-Unis sont également parties à un différend commercial concernant l’important excédent commercial de l’Europe et l’exportation de voitures vers les États-Unis.
La composition par produit du commerce de l’Afrique est également importante pour comprendre l’effet des différends commerciaux. En 2017, les matières premières représentaient 44% des exportations de biens de l'Afrique subsaharienne, dont environ la moitié étaient des produits pétroliers et 28%, des produits intermédiaires ou semi-finis. Environ un quart seulement des exportations de l'Afrique subsaharienne sont constituées de biens de consommation ou de biens d'équipement. Compte tenu de la composition de ses exportations, il est peu probable que les pays de l'Afrique subsaharienne déplacent leurs exportateurs chinois sur les marchés américains ou les exportateurs américains sur leurs marchés. L'implication est que les différends commerciaux auront probablement l'impact le plus important sur l'Afrique subsaharienne dans la mesure où ils réduiront la quantité demandée et les prix du pétrole et des autres matières premières. Le commerce des services - qui, jusqu'à présent au moins, n'a pas fait l'objet des principales restrictions commerciales - est également important pour l'Afrique. Son commerce de services représente environ 40% de celui d'un commerce de biens. Cependant, l’Afrique Subsaharienne est principalement un importateur de services et ses exportations de services, tels que le tourisme, représentent moins de 4% de son PIB.
En résumé, ce bref examen de la structure du commerce de l’Afrique subsaharienne suggère que les différends commerciaux internationaux sur la région auront principalement un effet macroéconomique, c’est-à-dire un effet sur la croissance économique mondiale et les prix des produits de base, plutôt que directement par le biais de restrictions commerciales. L'effet des tensions commerciales sur la croissance en Europe est particulièrement important pour l'Afrique.

Qu’en sera-t-il pour le Maroc ?
S’agissant du Maroc, l’impact direct devrait se sentir, mais à très petite dose, le Royaume ayant pour partenaire commercial principal, l’Europe. Depuis quelques années, le Maroc se tourne de plus en plus vers de nouveaux partenaires. Notamment les partenaires africains dans l’optique de booster les relations Sud-Sud. Cette volonté de diversifier les partenariats a aussi poussé Sa Majesté Mohammed VI à rapprocher le Maroc de la Chine. Objectif : s’imposer en tant que nouveau carrefour des Routes de La Soie. La position géographique du Maroc est un excellent point d’attraction pour les pays désireux de toucher le marché Européen. L’idylle naissante entre le Royaume et l’Empire du Milieu a donné lieu à plusieurs projets. La visite de Sa Majesté Mohammed VI en Chine en 2016, a permis la signature de plusieurs accords dans le cadre d’un nouveau partenariat stratégique. Au total, 30 conventions « public-public » et « public-privé » avaient été signées avec plusieurs entreprises chinoises devant opérer entre autre dans les secteurs de l’aéronautique, l’automobile, des énergies renouvelables, de l’E-commerce… En 2017, les deux pays ont paraphé un mémorandum d’entente sur la « Belt and Road » (la ceinture et la route), afin de permettre la création de plusieurs projets et intensifier les relations entre les deux pays. Niveau chiffre, l’on remarque aussi une croissance nette des échanges commerciaux. 300 millions de Dollars en 2002, contre 4 milliards de Dollars en 2016, faisant du Maroc, la deuxième destination des investisseurs Chinois en Afrique.
Mais au-delà de ces signatures en grande pompe et de l’évolution des échanges commerciaux du Maroc avec la Chine, un aspect purement technique, soulève des questionnements. Bien qu’annoncé dans un futur proche, comme hub africain, le Maroc n’arrive pas vraiment à tirer profit de sa proximité avec l’Europe dans sa relation avec la Chine. Dans l’établissement de la Nouvelle Route de la Soie, les Chinois ont en effet choisi comme portes d’entrée en Afrique, Djibouti, petit pays de l’Afrique de l’Est, et le Kenya. Cette Route de la Soie, est un ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l'Europe passant par le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. N’est-il pas temps que le Maroc repense sa stratégie « Chinoise » et joue des coudes pour afficher sa volonté d’être un pays incontournable pour la Chine et surtout concrétiser les nombreux projets annoncés par les deux Etats ?
Lionel Atokré
10/6/2019
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