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        Dossier
 
Le Hooliganisme dans tous ses états : Les effets des différentes révolutions industrielles

Dossier réalisé par Y. Nasser

Le 29 mai 1985, alors que nous attendions impatiemment l’événement sportif de l’année, à savoir la finale de la coupe d’Europe des clubs champions entre la Juventus de Turin et Liverpool, en direct du stade du Heysel à Bruxelles, nous apprenions que la fête tant attendue s’était transformée en drame. L’affrontement ultra violent entre hooligans causa la mort de 39 personnes et de 454 blessés. Des corps gisent sur la pelouse. Une première, des drames sont retransmis en direct sur nos écrans de télévision,...voici un nouveau progrès de communication.
Le hooliganisme, dans les stades de football, a vu le jour au Royaume-Uni à la fin du 19ème siècle, au début de la seconde révolution industrielle (1870/1880), et a pris de l’ampleur dans la plupart des clubs européens, à partir des années 1960. Les historiens rapportent que le premier événement, opposant plus de 200 spectateurs, s’est déroulé le 8 avril 1899, lors des demi-finales de coupe entre Morten FC et Port Glasgow FC. En Angleterre, on parle d’environ 25 incidents par saison durant les années 1960 et 1970 (En moyenne: un événement toutes les deux semaines). Chaque club professionnel avait ses hooligans.




Des hommes d’affaires investissent dans le football et attendent en retour des dividendes, ce qui est tout à fait légitime. Les toutes premières recettes des clubs de football, bien avant l’arrivée des sponsors et des droits TV, sont la billetterie et le marchandising (la buvette et l’écharpe du club).
Afin d’attirer le public vers les stades, des dirigeants ont eu l’idée de subventionner officieusement des leaders d’associations de supporters, notamment des trafiquants de drogues. Si la banalisation de la consommation de cannabis a commencé à partir des années 1960, la cocaïne et l’héroïne se sont largement répandues aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne durant la période 1890/1900.
Les témoignages qui suivent décrivent bien l’ambiance qui régna dans les stades en Europe : « lors des déplacements importants, à Feyenoord, PSV, La Haye, on se dope à mort. Moi, je ne bois pas d’alcool mais je prends de l’ecstasy. Alors, je délire complètement. Tu fais n’importe quoi dans ces cas-là, tu n’as plus de limites. D’autres snifent de la coke et ajoutent de l’alcool. Le mélange est explosif. Ce recours à la came est très fréquent chez les hooligans aux Pays-Bas, mais je crois que c’est chez nous le pire. Sans parler des joints, mais cela n’a rien d’extraordinaire dans ce pays car tout le monde fume, c’est légal» ou, selon un jeune ultra grec: «Bon nombre d’entre eux s’allument aux Amphétamines ou au LSD, les supporters du Panathinaikos préfèrent la cocaïne et ceux de l’Olympiakos le haschich additionnés d’alcool, ces diverses substances transforment les toxicomanes en zombies agressifs et inconscients des dangers ». A propos de cette inconscience, Darren Wells, un jeune ultra britannique, déclara : « En ce temps-là, vous vous pointiez au stade, et il y avait de la baston, littéralement, en dehors du terrain. Même pas besoin de faire partie d'une bande, il suffisait juste d'être dans les tribunes ». Pour avoir été à l’origine de l’acte le plus barbare, appelé « Chelsea smile », un groupe de supporters du club de Chelsea, appelé « Headhunters » (Traduit en français par : Chasseurs de tête), avait cultivé une réputation de sanguinaire. Les membres du Headhunters n’hésitaient pas à cisailler les joues de leurs victimes, de la commissure de la lèvre à l’oreille. Comment les dirigeants les plus concernés, pouvaient-ils ignorer l’existence de ces « Rituels » barbares







Bien que la majorité des hooligans soit issue des classes populaires (Il y a aussi des gens de la classe moyenne), certains meneurs vivent du hooliganisme, comme fonds de commerce et,... dans de beaux quartiers. Dans un document consacré à ce sujet et diffusé en 1999 par la BBC, Jason Marriner, un des leaders, vivait dans une rue huppée de Chelsea, le quartier le plus chic de Londres, une voiture de collection à l’entrée de son domicile. Des indices, ne passant pas inaperçus aux yeux de professionnels, ont inspiré à un officier de police, spécialiste des ultras d’Arsenal, la déclaration suivante : « J'ai quelques supporters à problème qui portent beau leur soixante ans, et qui doivent gagner 150 000 euros chaque semaine à la City » dit-il au journal The Guardian.
Aucun championnat n’est épargné de cette triste réalité. Et, curieusement, ces pratiques font surface dès qu’une compétition change de statut, avec espoir de séduire des investisseurs. Jeune avocate de 35 ans, Florencia Arietto a passé un laps de temps comme responsable de sécurité du club argentin de l’Indépendente. Juste le temps de faire virer Pablo Alvarez, avant de prendre la porte à son tour. Ce dernier, ancien leader du groupe « La Roja », bénéficiait d’un salaire mensuel de 40.000 dollars de la part des anciens dirigeants du club (Salaire d’une star de football, en argentine). Elle explique que : « Les chefs des barras (Hooligans) sont des mafieux qui vivent au-dessus des lois. Ils conduisent des voitures de luxe, vivent dans les meilleurs quartiers et manipulent à leur guise les gens des Bidonvilles pour conserver leur statut...Le pire, c’est que beaucoup de gens leur demandent des autographes. Ils ne se rendent pas compte que ce sont des délinquants qui passent leurs semaines à vendre de la drogue aux jeunes et à tuer ceux qui leur barrent la route. Si on demande aux chefs des barras (Hooligans) comment s’appellent les joueurs de leur équipe, ils ne sauront pas en nommer un seul. S’ils viennent au stade, c’est uniquement pour l’argent et le pouvoir, pas pour le football. »
Cependant, on aurait espéré de réels projets socio-éducatifs destinés aux jeunes supporters. Hélas, les dirigeants ne semblent égoïstement y rechercher que leurs propres intérêts. Les clubs ont toujours eu besoin de ces associations et de ce public pour se manifester et faire du bruit, surtout quand ils jouent à l’extérieur. Cela stimule les joueurs sur le terrain et leur donne l’impression de jouer à domicile. En 1988, l’hebdomadaire Don ballon écrivait : « Camouflés discrètement par la direction du Réal, ils jouent volontiers les héros d’un club qui a pour habitude de faire appel à eux lorsqu’il se trouve confronté à des troubles dans les tribunes ». Le Borussia Dortmund finançait parfois les déplacements en bus du Borussia Front,...Les exemples sont multiples. Ces publics fanatisés, cherchant à afficher leur identité face aux ultras adverses, se déplacent en masse dans les stades et deviennent de fidèles consommateurs de produits dérivés (maillots, écharpes, bonnets, etc.....). Malheureusement, dans ces circonstances, le football n’est plus destiné à distraire et divertir, mais sert plutôt à distraire pour asservir le public, une fois son attention détournée.




Autre rentrée d’argent pour les patrons, les transferts des grandes stars de football, sont davantage des transactions à but commercial que sportif. Le joueur passe en moyenne deux ans dans un club, le temps pour ce dernier de vendre un maximum de maillots estampillés au nom de la star....pour l’échanger ensuite contre un nouveau joueur (Jusqu’au début des années 1980, les maillots des footballeurs n’étaient pas nominatifs). Le but est de créer un nouveau produit et ceci n’ayant pas pour seul effet d’enrichir la garde-robe des fidèles collectionneurs. Certains dirigeants de grands clubs, se sont permis d’imposer des joueurs à leurs techniciens, en vue de commercialiser des maillots en Extrême-Orient.
Plusieurs footballeurs deviennent des mythes publicitaires. C’est le physique, le look (tatouages, piercing,...), voir la vie privée du joueur (ses relations et ses sorties en public) ou du couple qui est susceptible d’être commercialisée et monnayée. D’autres, font vendre jusqu’aux magazines féminins. Telle, est la politique des clubs professionnels.
Le joueur représentatif de la ville, passant toute sa carrière dans la même équipe, un jeune qui passe sa troisième mi-temps (le pot de fin de match) proche de ses supporters, n’existe plus. Alors, les supporters de leur côté, n’ont plus aucune figure à laquelle ils peuvent s’identifier. Il s’agit là, d’une mise à l’écart du public. L’économie du star-système venait de créer un fossé entre les supporters et leurs idoles.
On aurait encore espéré que le public puisse profiter de l’essentiel, le spectacle. Seulement, en assistant aux matchs, même les plus prestigieux, on observe que l’agressivité et l’engagement physique, dus aux produits dopants imposés par les lobbys pharmaceutiques, ont remplacé la vivacité d’esprit et la création artistique. La plupart des joueurs sont devenus de véritables ouvriers professionnels. L’art a cédé sa place à l’industrie, également à l’ennui, et le travail à la chaine à remplacer l’imagination artistique (les gestes se succèdent et se ressemblent).
[L’économie du star-système venait de créer un fossé entre les supporters et leurs idoles...Le public est mis à l’écart de la vie du club et est privé de spectacle.






Voici le témoignage de Thorsten, un hooligan Allemand, cadre dans une entreprise la semaine et hooligan les jours de match : « Franchement, le foot, c’est chiant ! 5 minutes ça va, mais 90 minutes, je baille ! J’aime bien l’équipe de Dortmund. A l’origine, j’étais un supporter normal...Aujourd’hui encore, j’apprécie certains joueurs mais, pourquoi le renier, c’est secondaire ! Nous sommes là pour autre chose ».
« Nous sommes là pour autre chose » Le public est mis à l’écart de la vie du club et est privé de spectacle. Alors, pour sortir de la monotonie, il créa son propre jeu aux alentours du stade. Voici ce qui ressort d’une étude de chercheurs de l’université catholique de Louvain, dans les années 1990 : « ...L’excitation atteint son point culminant pendant des actions de violence et de vandalisme réussies où ils se sentent plus forts, plus rusés, plus redoutés que les autres ultras et plus malin que la police. Le groupe s’unifie. Ces actions, sont vécues comme un jeu de guerre : Ils émettent des idéologies en noir et blanc sur l’ultra ennemi, ils parlent en termes militaires et pourtant c’est un jeu (...). Pour rompre la monotonie de leur vie, ils recherchent l’excitation d’un jeu de guerre qui se déroule autour des stades ». Les conceptions contemporaines basées sur le dualisme, développent des motivations extrinsèques et engendrent bien souvent, malheureusement, de la violence.
Un jeu de guerre entre eux, et face aux forces de l’ordre. Par moment, cela se passe en interne : Yann Lorence, jeune fan parisien appartenant au kop de Boulogne, est abattu en 2010, par des ultras du même club, mais relevant d’une autre tribune (virage Auteuil). En marge d’une rencontre...PSG- OM !! Ils sont organisés sur des bases idéologiques et politiques : la rivalité entre les ultras de S.V. Hambourg, sympathisants de l’extrême droite et les ultras de Saint-Pauli F.C, sympathisants de l’extrême gauche est l’exemple le plus frappant. Ils entretiennent aussi des relations de jumelage, toujours selon les mêmes bases. Les ultras de l’Ajax Amsterdam sont jumelés aux belges d’Anderlecht, ceux du Feyenoord de Rotterdam à ceux du standard de Liège, les allemands du Borussia Dortmund sont liés aux suisses du F.C. Zurich,... Ce qui explique les déplacements des hooligans polonais, supporters du Wisla Cracovie, à Bruxelles pour aider leurs camarades du PSG, en octobre 2013. Malheureusement, des circonstances favorables à la radicalisation des jeunes sont mises en place inconsciemment et servent les partis politiques d’extrême droite. Ils y recrutent des désespérés, afin de renforcer leurs milices.




Le derby entre le Celtic de Glasgow et les Rangers de Glasgow est reconnu comme étant une confrontation entre Catholiques et Protestants. Mais en réalité, la religion ne reste ici qu’un prétexte pour s’affronter. Certes, ces équipes ont été créées respectivement en 1873 et en 1888 par des hommes de foi. Le but était à l’époque d’insérer les jeunes en difficulté, dans les quartiers populaires et les cités ouvrières de la ville. Au début, les relations entre les deux publics étaient correctes : les historiens nous rapportent que les supporters des deux camps faisaient le voyage ensemble dans des carrioles pour aller au stade. Seulement, avec l’instauration du professionnalisme et l’arrivée ensuite des grands industriels, les choses ont vite basculées dans l’horreur et l’affrontement direct : D’un côté, les catholiques, de l’autre côté, les protestants, issus malheureusement d’une seule et même ville. Ce derby a causé plusieurs drames dont celui du 2 janvier 1971 qui provoqua la mort de 66 personnes et plus de 200 blessés.





Les patrons ont bien compris. Diviser, fanatiser, ça peut rapporter gros !! Billy, leader des Rangers a livré l’explication suivante : « Toute notre vie repose sur le ballon et sur l’opposition Celtic et Rangers. On peut trouver cela dépassé, démodé, mais pour nous, c’est vital. Sans ces histoires de Catholiques et protestants, le football n’existerait pas et nous ne serons rien. »
“We fuck the pope and the IRA!” Inutile de traduire ce chant favori des Gers, qui se poursuit par : « Nous sommes les Billy Boys, immergés jusqu’aux genoux dans le sang des sales catholiques. » Les Boys (supporters du Celtic) ne restent pas en retrait : « Ils nous haïssent et on le leur rend bien. Nous sommes catholiques, ils sont protestants. C’est aussi simple que ça », déclarait Billy McNeil, une figure de Glasgow, au journaliste du Boston Herald venu enquêter, en 2001, après l’assassinat à l’arme blanche du Boy Tommy McFadden, 16 ans, par deux Gers au terme d’une finale de Coupe d’Ecosse....Tommy McFadden, un mort inutile parmi tant d’autres. Le problème s’est propagé dans toute la ville, et actuellement, il existe des bars spécifiques pour chaque clan. Il n’est surtout pas conseillé de se tromper d’adresses, au risque de se faire lyncher.



Les échanges entre dirigeants prennent souvent l’allure d’un choc des civilisations, comme en témoigne le niveau d’inspiration élevé des propos qui suivent : « La seule personne bien éduquée au Real Madrid, c’est madame pipi », déclare Juan Gaspart, qui exerçait les fonctions de vice-président du Barça. Un dirigeant de l’équipe madrilène lui rétorque avec finesse, que les bras d’honneur adressés par Giovanni au public lors du dernier classico Real-Barça, « c’était pour sa mère ». En France, à sa sortie de prison, l’ancien directeur sportif de l’Olympique Marseille, Jean-Pierre Bernès, rapporte à un journaliste une réflexion choc de Bernard Tapie : « Je ne t’ai pas embauché pour qu’on dise du bien de toi. Mets-toi ça dans la tête. Tu auras réussi dans la vie le jour où on dira de toi que tu es un enc... »
Pour amusante qu'elle soit au premier abord, l'affaire n'en demeure pas moins scandaleuse. Plusieurs dirigeants ont déclaré que leurs joueurs ont été drogués en buvant des boissons suspectes durant leurs séjours à Marseille...au point de s’endormir sur le trajet du stade. Guennadi Kostiliev, ancien entraineur du CSKA Moscou, adversaire de l’Olympique de Marseille en 1993, avait affirmé que ses joueurs avaient été malades après avoir bu ce type de boissons. Jean-Jacques Eydelie, l’ancien joueur phocéen a confirmé dans je ne joue plus ! Paru aux éditions l’archipel en 2006, que les boissons des moscovites ont été « trafiquées ».








Les supporters sont-ils les seuls à être concernés par la violence, notamment celle réservée aux représentants des pouvoirs publics Qu’on en juge : Lors d’une émission télévisée et consacrée à l’affaire de corruption VA-OM, le juge Bernard Beffy a déclaré avoir été menacé directement par Bernard Tapie, ancien président du club phocéen : « Monsieur le juge, je ne voudrais pas qu’il vous arrive quelque chose, car j’aurai du mal à expliquer à l’opinion public, que je n’y suis pour rien ». Le comportement de Michel Coencas, l’autre président, celui du club valenciennois, concerné également par l’affaire VA-OM, n’est pas un modèle en matière d’exemplarité. Quand il apprit que trois de ses joueurs (Jacques Glassmann, Jorge Burruchaga et Christophe Robert) ont été approchés par les hommes de Bernard Tapie pour lever le pied, en contrepartie d’une somme d’argent, il chercha des explications auprès de Christophe Robert. Furieux, il menaça son joueur : «J’espère que tu n’as pas trahi ton club. Parce que si j’étais à la place de ces jeunes qui se battent, c’est des coups, à se faire prendre un coup de fusil dans le genou ». Nous vivons bien l’ère de la communication Donc, sous- entendu, si tu me baratines, je te mettrais une balle dans le genou.
De simples intimidations Feu Charles Dempsey, ancien président de la Confédération de football d’Océanie, après avoir voté pour l’Afrique du Sud au premier tour, a préféré s’abstenir lors du tour suivant, à l’occasion de l’élection du pays hôte du mondial 2006. Et, cela contre l’avis de sa Confédération, qui avait décidé de voter pour la candidature africaine. Il déclarera plus tard, lors d’une conférence de presse : « La nuit avant la réunion de la FIFA, je reçu un certain nombre d’appels qui me troublaient, l’un d’entre eux était un appel menaçant...Ma famille a été harcelée, et je ne pouvais laisser cela continuer. La pression a été trop forte pour moi. Ma famille est plus importante que le foot. ». Il démissionna de ses fonctions deux ans avant la fin de son mandat. La BBC news révélera plus tard que des menaces de mort avaient été proférées. Information confirmée par Keith Cooper, porte-parole de la FIFA et relayée par le quotidien français Libération du 8 juillet 2000.
Ces malheureux événements viennent confirmer ce que Patrick Bourdaret, ancien arbitre international et ancien professeur de philosophie à l’université de Tours, avait rédigé dans une thèse réservée à ce sujet, il y a plus de vingt ans. L’auteur fustige au passage certains dirigeants qui se comportent comme des voyous (ou hooligans): « je me souviens d’un type en Corse qui a ouvert son pardessus, dévoilant un flingue à l’intérieur.... Et, poursuit-il, Une connerie d’arbitre, ça peut me coûter 80 bâtons... ». Pour avoir révélé les dessous du système, l’ancien arbitre avait reçu des menaces de mort et sa famille était à un moment sous protection policière. On ne lui a jamais pardonné d’avoir parlé des prostituées offertes en cadeaux, bien que Claude Bez, le sulfureux président des Girondins de Bordeaux 1979/1990, ait reconnu avoir offert de jeunes demoiselles, aux arbitres de matchs de coupe d’Europe, à 20.000 F (3000€) la nuit.
En Espagne, certains se servent du régionalisme pour nourrir les tensions. Si l’on en juge par cette déclaration très martiale de feu Bobby Robson, ancien entraineur du FC Barcelone : « Le Barça, c’est l’armée de la Catalogne. Quand nous jouons, nous entrons en guerre contre tous les clubs espagnols », les entraineurs ont également leurs parts de responsabilité concernant la violence dans les stades. Un autre coach qui en voulait à ses joueurs, qui venaient de perdre à domicile, évoqua l’argument suivant : « En vingt minutes, on a pris 4 buts, mais pas un seul carton jaune, où est la révolte ». Lors de la double confrontation « Girondins Bordeaux-PSV Eindhoven » en mars 1988, l’international français Jean Tigana est agressé de manières intentionnelles à deux reprises par ses adversaires. L’obligeant à quitter le terrain lors du match « aller » et de participer seulement aux quinze dernières minutes du match « retour ». Après la qualification des hollandais, Ronald Koeman explique : « Ce coup mortel de Gillhaus contre Tigana, c’était de la classe. » Et, au sujet de son acte barbare, lors de la seconde rencontre : « Nous étions convenus de quelque chose. (...) Si Tigana souffre de la cheville, vous allez la piétiner. »
[...en mimant la palpation de billets entre ses doigts, réclame à ses joueurs de viser la tête du meilleur joueur adverse, de s’attaquer aux ligaments croisés des genoux d’un autre, aux chevilles d’un troisième et aux vertèbres cérébrales d’un quatrième.]
Par ailleurs, les discours les plus fanatiques sont tenus par des managers américains qui exercent dans la National Football League (NFL). En 2010, le réalisateur Sean Pamphilon, muni d’un matériel discret, était présent dans les vestiaires de l’équipe de New Orléans Saints, pour enregistrer les consignes d’avant match de Gregg Williams, le coordinateur du jeu défensif. Ce dernier, en mimant la palpation de billets entre ses doigts, réclame à ses joueurs de viser la tête du meilleur joueur adverse, de s’attaquer aux ligaments croisés des genoux d’un autre, aux chevilles d’un troisième et aux vertèbres cérébrales d’un quatrième. Et, ajoute : « On ne s’excuse pas pour le comportement qu’on va avoir sur le terrain. Si vous êtes ici, c’est que vous comprenez cela ». Le coach a avoué plus tard : « avoir joué à la roulette avec la santé des joueurs » et a rectifié également l’erreur rapportée par la presse : « la prime proposée à mes joueurs pour blesser Brett Favre était de 35.000$ et non pas 10.000$ ».
Les ultras sont également soutenus et encouragés par certaines stars, osons dire, inconsciemment complices : « Si j’avais 15 ans de moins, je ferais sûrement partie des ultras », avait déclaré l’international du Real Madrid, Juan Gomez Gonzalez alias Juanito, en mai 1987. « Vous êtes les plus grands ! Continuez à nous encourager, les gars. Plus vous chanterez, plus nous nous tuerons pour défendre votre honneur ! » Lançait un autre joueur de renom, Bobby Evans. Chanter Voilà ce que chantent souvent ces publics : « Le foot non, les émeutes oui... » Ou « Il n’y a pas de noir sur l’union Jack, renvoyons les bâtard black » ou encore « Les youpins, les youpins, on en a marre des youpins », surnom attribué à des personnes de confession juive. « Tu es juste un juif écossais, Archibald.. ». Steve est un ancien international écossais qui évolua de 1980 à 1984, au club de Tottenham, installé dans l’ancien quartier juif de Londres. Etant donné que la ville de Liverpool était très touchée par la crise, au début des années 1980, voici ce que braillaient les supporters des équipes londoniennes « Dans vos taudis à Liverpool, vous regardez dans les poubelles pour trouver quelque chose à manger, vous y trouvez un rat et vous trouvez que c’est Byzance,...dans vos taudis de Liverpool »....Pour Billy Mc Phail, ancien joueur du Celtic, la fidélité est réciproque : « Il n’existe pas d’hommes et de femmes plus fidèles, plus loyaux ».
Par ailleurs, les cas de joueurs impliqués dans des affaires d’incivilités sont multiples, comme : La consommation de drogue et l’abus d’alcool, recourir aux services de prostituées durant les stages de préparation, l’organisation de tournantes lors des soirées bien arrosées....Par moment, avec le consentement du coach et des dirigeants. Dans sa biographie « Coup de sifflet » parue chez Michel Lafon en 1987, Harald Schumacher, ancien gardien de but de l’équipe d’Allemagne, évoqua les soirées arrosées en compagnie de prostituées lors des stages de préparations au camp d’entrainement de la Mannschaft, situé sur le lac Schluch et surnommé « Schlucksee » qui signifie « le lac de la picole ». Ces habitudes n’ont jamais cessé en Allemagne. Considéré comme étant le meilleur manager allemand durant les années 1990 (champion d’Allemagne avec Stuttgart en 1992 et vice- champion d’Allemagne à cinq reprises, respectivement en 1989 et 1990 avec Cologne et en 1997, 1999 et 2000 avec Leverkusen) et pressenti pour diriger la Mannschaft en juin 2001, Christoph Daum, n’avait finalement pas été retenu en raison de son addiction à la consommation de cocaïne. Il avait déclaré : « Je suis conscient de cette faute et suis prêt à en assumer la responsabilité ».










Au Portugal, la veille d’un match de championnat d’Europe face à l’Irlande, le staff technique de l’équipe du Portugal avait fait appel au service de cinq prostituées. La nuit du 12 au 13 novembre 1995, en arrivant dans l’une des « suites » de l’hôtel Atlantic Garden à Estoril, ces dernières ont découvert des joueurs saouls, drogués et...violents. L’affaire qui fut révélée par la chaine portugaise SIC, avait fait beaucoup de bruit à l’époque. Les orgies sexuelles auxquelles participent les footballeurs sont encore plus courantes en Angleterre. Rio Ferdinand, Wayne Rooney, Stanley Collymore, Liam Lawrence,...tous, ont été impliqués dans des affaires de même type.
Récemment, lors de la dernière coupe du monde, à un journaliste qui lui annonçait que l’hôtel où logeaient les joueurs de l’équipe de France, « est situé à proximité d’une maison close », Didier Deschamps rétorque avec malice : « Non je ne savais pas. Mais apparemment vous êtes mieux renseigné. C’est bizarre, parce que vous devez fréquenter les mêmes endroits que les joueurs. Quand on va jouer en Ukraine, je sais que les soirées des journalistes sont très animées. Curieusement, vous allez dans les même endroits mais ça se sait moins...Au cas où. Parce que vous pouvez avoir des dossiers sur les joueurs, mais j’en ai aussi sur vous... ». Tels, sont les vices des gens du milieu (Joueurs, journalistes,...).
Plusieurs stars du ballon rond ont été accusés de viol, d’autres, se sont convertis par moment en « chauffard de Formule 1 », laissant des victimes derrières eux. Ils ne s’en sont sorti que grâce à la talentueuse avocate de la communauté des intouchables : La notoriété !! Après avoir provoqué un accident et causé la mort d’un directeur de théâtre, Patrick Kluivert, le célèbre footballeur néerlandais, a été condamné en 1996, à 240 heures de travaux d’intérêt général. Est-ce cela l’équité dans les pays de justice et des droits de l’homme
Les médias, quant à eux, sont animés par des intérêts pécuniaires et leur responsabilité a été, du moins, aussi importante que celle des patrons de clubs. Avant la catastrophe du Heysel en mai 1985, les titres de presse, disposaient de toute la semaine précédant les matchs pour créer la tension autour de thèmes racoleurs, tels que : « Nous sommes tous des hooligans de Leeds » ou « La violence fait partie du jeu » écrivait le rédacteur en chef Jacques Ferran, le 3 juin 1975 sur France Football. Ou encore dans le quotidien sportif L’équipe, on pouvait lire : « ... Troisième Guerre mondiale ... un conflit du football, opposant deux armées de soldats des stades, supporters anglais et néerlandais bien décidés à en découdre pour régner sur l’internationale des hooligans... », et la semaine suivante pour médiatiser les catastrophes...Encore une histoire de chiffres : des blessés, des morts et,...des lecteurs et de l’audimat !! Les commerçants de papiers et les artistes de la plume, ont longtemps considéré le fanatisme comme un fonds de commerce à exploiter.






Pire, à la fin des années 1960, un championnat consacré aux hooligans avait été créé par la presse britannique et où, chaque incident méritait une note. Il est quand même difficile de faire plus belliqueux.
D’autres encore en ont trouvé une source d’humour....Thierry Roland (commentateur sportif), nous rapporte l’anecdote suivante : à sa femme qui lui demandait comment avait-il pu commenter le match du Heysel après tout ce qui s’était passé (39 morts et plus de 454 blessés), il a répondu qu’il n’avait rien vu car tout s’était déroulé dans « l’angle mort ». Certains de ses commentaires étaient également injurieux à l’égard d’un arbitre écossais, en 1976 : « Alors ça, je n’ai vraiment pas peur de le dire, monsieur Ian Foote, vous êtes un salaud...Je n’ai jamais vu un individu pareil. Il devrait être en prison, pas sur un terrain de football » et arrogants vis-à-vis d’un juge tunisien, lors de la coupe du monde 1986 : « Honnêtement, Jean-Michel (Larqué), ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance ...Je ne suis pas raciste, je n’ai rien contre les tunisiens. D’ailleurs, ma femme de ménage est tunisienne ».

14/1/2017
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