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La Niña : Enjeux d’un phénomène qui reconfigure les flux hydriques [INTÉGRAL]


Rédigé par Omar ASSIF Mercredi 26 Mars 2025

Les précipitations récentes s’expliquent par une configuration atmosphérique particulière liée à La Niña. Une phase qui pourrait se prolonger.



36,59%, c’est le taux de remplissage des barrages enregistré au 21 mars 2025.
36,59%, c’est le taux de remplissage des barrages enregistré au 21 mars 2025.
Depuis la fin du mois de février, les précipitations sont de retour à travers une succession de perturbations atlantiques. «Ça fait des décennies que l’on n’a plus vu des précipitations pareilles. Longues, intenses et prolongées. Parmi les plus jeunes, beaucoup n’ont jamais vécu des épisodes comme celui-là», nous confie Imed, un quinquagénaire père de famille de la région de Rabat. Ainsi, durant ces dernières semaines, plusieurs régions du Royaume ont été arrosées par des épisodes pluvieux, parfois intenses, accompagnés par endroits de grêle, de vents soutenus et de chutes de neige en altitude. Ces précipitations ont concerné essentiellement le Nord du pays, le centre, les reliefs du Moyen et du Haut Atlas, ainsi que certaines zones du Sud-Est. Un changement de configuration remarqué après des semaines de temps sec, qui suscite l’intérêt des agriculteurs, mais aussi des observateurs du climat. Selon la Direction Générale de la Météorologie (DGM), cette dynamique devrait se poursuivre dans les jours à venir. De nouvelles perturbations sont attendues sur le Rif, le Saïss, les plateaux de phosphates, le Moyen Atlas et les versants sud-atlasiques.

Anticyclone des Açores
 

Cette séquence météorologique marque une rupture avec l’année dernière et pourrait, selon plusieurs experts, se prolonger durant le printemps. Dans un précédent numéro publié en janvier dernier, «L’Opinion» relayait déjà l’analyse du climatologue Mohammed-Saïd Karrouk, qui estimait que «les indices disponibles laissent présager que l’année en cours sera humide». Aujourd’hui, les faits semblent lui donner raison. Interrogé de nouveau, il précise que «ce que nous vivons actuellement est une conséquence de l’affaiblissement de l’anticyclone des Açores, lui-même lié à la phase La Niña dans la zone du Pacifique». Cette phase se caractérise par des températures plus froides que la normale en surface de l’océan Pacifique, ce qui diminue l’alimentation énergétique de l’anticyclone. «Quand l’anticyclone est moins alimenté, il devient moins fort, ce qui permet aux perturbations de circuler», explique-t-il. Ce relâchement permet à des masses d’air froid, issues à la fois de la Scandinavie et du Canada, de traverser l’Atlantique et d’atteindre le Maroc. «C’est ce qui a provoqué les épisodes pluvieux que nous connaissons depuis plusieurs jours», ajoute-t-il.


Pluies durables ?


Cette nouvelle configuration atmosphérique pourrait se maintenir dans les semaines à venir. Le climatologue estime que les effets de La Niña sont généralement durables sur plusieurs mois, et que cette phase pourrait continuer à favoriser l’arrivée des perturbations au Maroc. «Il y a une forte probabilité que cette situation se prolonge durant le printemps, car elle s’inscrit dans un cycle atmosphérique global qui agit à l’échelle de l’hémisphère Nord», précise-t-il. Pr Karrouk rappelle toutefois que ces alternances entre El Niño et La Niña sont des cycles naturels, et qu’ils influencent fortement l’intensité et la fréquence des périodes sèches ou humides. Le climat du Maroc reste, dans sa structure profonde, marqué par la sécheresse. «Il faut comprendre que la sécheresse s’installe lorsque l’anticyclone des Açores est fortement alimenté en énergie. Quand ce n’est plus le cas, les perturbations reprennent leur place». Ce retour de la pluie ne marque donc pas une inversion durable du climat marocain, mais un répit dans un contexte structurel globalement sec.

 
Stratégie hydrique


Le retour de précipitations plus régulières, même s’il s’avère conjoncturel, remet en lumière les limites d’un système de gestion de l’eau conçu pour un climat aux régularités révolues. Alors que les cycles atmosphériques deviennent plus instables et que les épisodes de sécheresse gagnent en fréquence, l’enjeu pour le Maroc est de mieux intégrer cette variabilité dans sa planification hydrique. Ces phases humides, aussi brèves soient-elles, doivent être considérées comme des fenêtres à exploiter, non seulement pour reconstituer les réserves, mais aussi pour repenser l’architecture territoriale des équipements (voir interview). Les différences de répartition spatiale des pluies, l’inégalité d’alimentation des bassins-versants et la complexité des flux atmosphériques imposent de sortir d’une logique purement réactive. C’est l’anticipation à l’échelle du territoire qui permettra de transformer ces ruptures climatiques temporaires en leviers d’adaptation durable. Cela, bien évidemment, pour peu que le Royaume fasse l’effort de rationaliser l’utilisation de l’eau, notamment agricole...
 

​3 questions à Mohammed-Saïd Karrouk, climatologue : «Nous ne profitons pas encore suffisamment de ces eaux qui reviennent sur le territoire marocain»

  • Est-ce que le Maroc profite réellement des pluies récentes ?

- Malheureusement, nous ne profitons pas encore suffisamment de ces eaux qui reviennent sur le territoire marocain. Elles causent seulement des effets négatifs sur les infrastructures et sur plusieurs équipements, entraînant des pertes matérielles, et parfois même humaines. Sur cette base, j’estime qu’il est impératif de préparer encore plus d’équipements et d’infrastructures adaptées pour capter ces eaux, afin de pouvoir les utiliser ultérieurement, notamment pendant les périodes de sécheresse.
 
  • Quelles solutions proposez-vous pour mieux gérer ces épisodes pluvieux ?


- Je propose d’élargir les barrages existants, mais aussi de construire de nouveaux barrages dont la fonction est de collecter les eaux disponibles pendant les périodes similaires à celle que nous vivons actuellement, surtout dans les régions où les précipitations sont faibles. Dans les régions du Nord, les eaux sont abondantes et les barrages remplissent leur rôle. Il faut accélérer les projets de transfert des eaux de ces régions vers les autres régions.

 
  • Quel genre de leçons peut-on tirer des épisodes précédents ?

- En septembre, bien que les conditions aient été différentes et non liées au phénomène El Niño, mais plutôt aux moussons, nous avons observé des inondations très importantes, dépassant toutes les prévisions. Nous n’en avons pas tiré profit. Leur effet a été négatif. Il faudrait réfléchir aux moyens de réduire l’impact négatif du retour de ces eaux, et aussi penser à en tirer un gain. Ce serait une valeur ajoutée aux technologies et aux moyens que développe le Maroc, car il est urgent de développer des abris et refuges pour sauver des vies, en attendant de planifier et de développer des infrastructures adéquates, qui demandent du temps et de l'argent.
 

El Niño et La Niña : Deux phases opposées qui influencent les pluies au Maroc

El Niño et La Niña sont deux phases opposées d’un même cycle climatique qui affecte l’océan Pacifique et modifie profondément la circulation atmosphérique mondiale. Ces phénomènes influencent la position et la puissance des grands systèmes de pression, dont l’anticyclone des Açores qui conditionne l’arrivée des pluies au Maroc. Lors d’El Niño, les eaux du Pacifique Est deviennent plus chaudes que la normale, ce qui renforce l’anticyclone et bloque les perturbations. À l’inverse, La Niña se caractérise par des eaux plus froides, qui affaiblissent l’alimentation énergétique de l’anticyclone, permettant aux flux d’air froid et humide d’atteindre le pays. Cette configuration, en cours actuellement, explique le retour des précipitations observé depuis fin février. Bien qu’ils se manifestent loin des côtes marocaines, ces mécanismes planétaires ont un impact concret sur le climat local. Leur compréhension est devenue un enjeu crucial pour anticiper les saisons et adapter les politiques de gestion de l’eau.


​Eaux pluviales : Mieux drainer les villes pour limiter les dégâts et capter les eaux de pluie

Les fortes pluies enregistrées ces dernières semaines ont rappelé, une fois de plus, les limites des systèmes de drainage dans plusieurs villes marocaines. Ruissellement excessif, débordements de canalisations, inondations localisées… Ces désagréments récurrents traduisent un déficit d’anticipation chronique. Les réseaux existants, souvent anciens, sont mal entretenus ou sous-dimensionnés face aux nouvelles réalités climatiques. L’imperméabilisation croissante des sols, due à l’urbanisation rapide, aggrave la situation en empêchant l’infiltration naturelle vers les nappes phréatiques. Dans de nombreuses zones urbaines, les réseaux unitaires, qui mélangent eaux pluviales et eaux usées, ne permettent pas une évacuation efficace. Les nouveaux quartiers commencent à intégrer des réseaux séparatifs, plus adaptés aux épisodes pluvieux intenses, mais la transition reste partielle et inégalement répartie sur le territoire. Pour limiter les dégâts et valoriser cette ressource, plusieurs alternatives existent : bassins de rétention, noues végétalisées, revêtements perméables, toitures collectrices, espaces verts infiltrants. Ces dispositifs, combinés à une planification urbaine plus résiliente et à un entretien rigoureux, permettraient non seulement d’atténuer les impacts des précipitations extrêmes, mais aussi de constituer une réserve mobilisable. Car au-delà de la gestion des crues, l’enjeu est de considérer chaque épisode pluvieux comme une opportunité, dans un pays où l’eau se raréfie.





Communication financière

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